"Il promène en sa fraise à la Pulcinella,
Un nez!... Ah messeigneurs, quel nez que ce nez-là!...
On ne peut voir passer un tel nasigère
Sans s'écrier: "Oh! non, vraiment, il exagère!"
Puis on sourit, on dit: "Il va l'enlever..." Mais,
Monsieur de Bergerac ne l'enlève jamais."
"
CHRISTIAN:********************************Le vicomte!
Ah! je vais lui jeter à la face mon...
Il met la main dans sa poche, et y rencontre celle d'un tire-laine en train de le dévaliser. Il se retourne.****************Hein?
LE TIRE-LAINE:Ay!...
CHRISTIAN, sans le lâcher:************Je cherchais un gant!
LE TIRE-LAINE, avec un sourire piteux:***********************Vous trouvez une main."
"
CYRANO: *******************Que Montfleury s'en aille,
Ou bien je l'essorille et le désentripaille!
UNE VOIX: Mais...
CYRANO:*********Qu'il sorte!
UNE AUTRE VOIX:*****************Pourtant...
CYRANO: *******************************Ce n'est pas encore fait?
Avec le geste de retrousser ses manches.Bon! je vais sur la scène en guise de buffet,
Découper cette mortadelle d'Italie!"
"
CYRANO: ************Je n'ai pas de gants?... la belle affaire!
Il m'en restait un seul... d'une très vieille paire!
- Lequel m'était d'aillleurs encor fort importun:
Je l'ai laissé dans la figure de quelqu'un.
LE VICOMTE: Maraud, faquin, butor de pied plat ridicule!
CYRANO: Ah?... Et moi, Cyrano-Savinien-Hercules
De Bergerac."
"Ce nez qui d'un quart d'heure en tout lieu me précède."
"Philis!... Sur ce doux nom, une tache de beurre!..."
"Cette lettre d'amour qu'en moi-même j'ai faite
et refaite cent fois, de sorte qu'elle est prête.
Et que mettant mon âme à côté du papier,
Je n'ai tout simplement qu'à la recopier."
"
DE GUICHE: ************************Il est des plus experts
Il vous corrigera seulement quelques vers...
CYRANO: Impossible, Monsieurs; mon sang se coagule
En pensant qu'on y peut changer une virgule.
DE GUICHE: Mais quand un vers lui plaît, en revanche, mon cher,
Il le paye très cher.
CYRANO: ***********************Il le paye moins cher
Que moi, lorsque j'ai fait un vers, et que je l'aime,
Je me le paye, en me le chantant à moi-même!
DE GUICHE: Vous êtes fier.
CYRANO:**************** Vraiment, vous l'avez remarqué?"
"
**********Un baiser, mais à tout prendre, qu'est-ce?
Un serment fait d'un peu plus près, une promesse
Plus précise, un aveu qui veut se confirmer,
Un point rose qu'on met sur l'i du verbe aimer;
C'est un secret qui prend la bouche pour oreille,
Un instant d'infini qui fait un bruit d'abeille,
Une communion ayant un goût de fleur,
Une façon d'un peu se respirer le coeur,
Et d'un peu se goûter, au bord des lèvres, l'âme!"
"Dans les oreilles, moi, j'ai des bourdonnements.
CYRANO: Non, non; ventre affamé, pas d'oreilles: tu mens!"
"J'ai des faims d'ogre!
CYRANO: ************************Eh! bien!... tu croques le marmot!"
"
CYRANO:**************** Et votre écharpe blanche?
DE GUICHE, surpris et satisfait: Vous savez ce détail?... En effet, il advint,
Durant que je faisais ma caracole afin
De rassembler mes gens pour la troisième charge,
Qu'un remous de fuyards m'entraîna sur la marge
Des ennemis; j'étais en danger qu'on me prît
Et qu'on m'arquebusât, quand j'eus le bon esprit
De dénouer et de laisser couler à terre
L'écharpe qui disait mon grade militaire;
En sorte que je pus, sans attirer les yeux,
Quitter les Espagnols, et revenant sur eux,
Suivi de tous les miens réconfortés, les battre!
- Eh bien! que dites-vous de ce trait?
Les cadets n'ont pas l'air d'écouter; mais ici les cartes et les cornets à dés restent en l'air, la fumée des pipes demeure dans les joues: attentes.CYRANO: ***************************Qu'Henri quatre
N'eût jamais consenti, le nombre l'accablant,
A se diminuer de son panache blanc.
Joie silencieuse. Les cartes s'abattent. Les dés tombent. La fumée s'échappe.DE GUICHE: L'adresse a réussi, cependant!
Même attente suspendant les jeux.CYRANO:******************************** C'est possible.
Mais on n'abdique pas l'honneur d'être une cible.
Cartes, dés, fumées s'abattent, tombent, s'envolent avec une satisfaction croissante.Si j'eusse été présent quand l'écharpe coula
- Nos courages, monsieur, diffèrent en cela -
Je l'aurais ramassée et me la serais mise.
DE GUICHE: Oui, vantardise, encor, de gascon!
CYRANO: *********************************Vantardise?...
Prêtez-la moi. Je m'offre à monter, dès ce soir,
A l'assaut, le premier, avec elle en sautoir.
DE GUICHE: Offre encor de Gascon! Vous savez que l'écharpe
Resta chez l'ennemi, sur les bords de la Scarpe,
En un lieu que depuis la mitraille cribla, -
Où nul ne peut aller la chercher!
CYRANO, tirant de sa poche l'écharpe blanche et la lui tendant: **********************************La voilà.
Silence. Les cadets étouffent leurs rires dans les cartes et dans les cornets à dés. De Guiche se retourne, les regarde: immédiatement ils reprennent leur gravité, leurs jeux; l'un d'eux sifflote avec indifférence l'air montagnard joué par le fifre."
"J'ai tout dit. C'est toi qu'elle aime encor!"
"Et je n'ai qu'à mourir aujourd'hui,
Puisque, sans le savoir, elle me pleure en lui!"
"*****************Depuis quatorze années,
Pour la première fois, en retard!
CYRANO: ****************************Oui, c'est fou!
J'enrage. Je fus mis en retard, vertuchou!...
ROXANE: Par?...
CYRANO: *********Par une visite assez inopportune.
ROXANE, distraite, travaillant: Ah! oui! quel fâcheux?
CYRANO: ****************Cousine, c'était une
Fâcheuse.
ROXANE: **********Vous l'avez renvoyée?
CYRANO:***************************** Oui, j'ai dit:
Excusez-moi, mais c'est aujourd'hui samedi,
Jour où je dois me rendre en certaine demeure;
Rien ne m'y fait manquer: repassez dans une heure!"
"
CYRANO: ******************************** "D'un coup d'épée,
Frappé par un héros, tomber la pointe au coeur!"...
- Oui, je disais cela!... Le destin est railleur!...
Et voilà que je suis tué dans une embûche,
Par-derrière, par un laquais, d'un coup de bûche!
C'est très bien. J'aurai tout manqué, même ma mort."
"
ROXANE: Je n'aimais qu'un seul être et je le perds deux fois!"
"
CYRANO est secoué d'un grand frisson et se lève brusquement: ****************Pas là! non! pas dans ce fauteuil!
On veut s'élancer vers lui.- Ne me soutenez-pas! - Personne!
Il va s'adosser à l'arbre.****************************Rien que l'arbre!
Silence.Elle vient. Je me sens déjà botté de marbre,
- Ganté de plomb!
Il se raidit.***************Oh! mais!... puisqu'elle est en chemin,
Je l'attendrai debout,
Il tire l'épée.************************et l'épée à la main!
LE BRET: Cyrano!
ROXANE, défaillante:******** Cyrano!
Tous reculent épouvantés.CYRANO: **********************Je crois qu'elle regarde...
Qu'elle ose regarder mon nez, cette Camarde!
Il lève son épée.Que dites-vous?... C'est inutile?... Je le sais!
Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès!
Non! non! c'est bien plus beau lorsque c'est inutile!
- Qu'est-ce que tous ceux-là? - Vous êtes mille?
Ah! je vous reconnais, tous mes vieux ennemis!
Le Mensonge?
Il frappe de son épée le vide.**************Tiens, tiens! - Ha! ha! les Compromis,
Les Préjugés, les Lâchetés!...
Il frappe.***************************Que je pactise?
Jamais, jamais! - Ah! te voilà, toi, la Sottise!
- Je sais bien qu'à la fin vous me mettrez à bas;
N'importe: je me bats! je me bats! je me bats!
Il fait des moulinets immenses et s'arrête haletant.Oui, vous m'arrachez tout, le laurier et la rose!
Arrachez! Il y a malgré vous quelque chose
Que j'emporte, et ce soir, quand j'entrerai chez Dieu,
Mon salut balaiera largement le seuil bleu,
Quelque chose que san un pli, sans une tache,
J'emporte malgré vous,
Il s'élance l'épée haute. **************************et c'est...
L'épée s'échappe de ses mains, il chancelle, tombe dans les bras de Le Bret et de Ragueneau.ROXANE, se penchant vers lui et lui baisant le front: *****************************************C'est?...
CYRANO, rouvre les yeux, la reconnaît et dit en souriant:********************************************************* Mon panache."
"RIDEAU"